Le 31 mai, le football dira adieu à l'un de ses plus charismatiques joueurs. En attendant cet instant historique, Paolo Maldini s'est longuement entretenu avec la Stampa. En voici la traduction.
Le 26 juin vous aurez 41 ans. Le championnat se termine le 31 mai, y en aura-t-il un autre ?
« Non, à cent pour cent. L'année passé, plus ou moins à cette époque, j'étais hésitant : je pars ou je continue ? Aujourd'hui non. »
Est-il difficile de rester un joueur bandiera ?
« Au contraire. J'ai tout trouvé ici, l'équipe, la gloire, le reste. C'est le maximum pour un joueur. En changeant, j'aurais risqué de me perdre. »
Il y a un moment où « la lumière s'éteint » : c'est arrivé à Franco Baresi contre Bobo Vieri, lors d'un Milan-Juventus 1-6 en avril 1997. Et à vous ?
« L'épisode et la période négative peuvent nous atteindre à n'importe quel âge, à 25 ans comme à 40. Le problème est qu'on ne peut aller contre la nature. Tu peux la forcer, mais à un certain moment tu dois te rendre. Moi, par exemple, j'ai encore la flamme qui brûle à l'intérieur et physiquement j'en serais capable également. Mais j'ai décidé. »
Le cas Totti, le cas Del Piero, votre cas : n'y a-t-il pas le risque que le club devienne prisonnier ?
« Cela dépend du type de rapport. S'il est franc, non. S'il est ambiguë, oui. Les contrats doivent tenir compte de l'âge : mes dernières signatures, par exemple, étaient toutes à l'année. A la base, il y a trois éléments : les entraîneurs et les coéquipiers, le club, la volonté de l'individu. Le tout, agrémenté du rendement, juge dernier et souverain. »
D'une part les « coups médiatiques » : Rivaldo, Ronaldo, Ronaldinho, Beckham et de l'autre les intuitions géniales comme Kakà et Pato. Quel est le vrai Milan ?
« La somme des deux, l'image et la substance. Il en a toujours été ainsi depuis Berlusconi. Avec l'engagement de ne pas rendre tyrannique l'influence de l'image. »
En ce qui concerne l'adieu azzurro, dans tout le pays un match commémoratif s'organise. Il semble que vous ayez manifesté quelques réserves.
« Ce sont les journaux qui m'ont mêlé à cette histoire de Brésil-Italie : pourquoi Lippi ne l'élargit pas à Maldini ? Je réponds que je fais tout ce que vous voulez à condition que ça ne ressemble pas à une aumône et que ça ne soit pas une gène. »
Roberto Baggio l'a eu, sous Trapattoni, lors d'Italie-Espagne, à Genève.
« Tant mieux pour lui ».
On parle d'un match amical de la Nazionale à Pescara. Il pourrait allier deux choses, un acte de solidarité envers l'Abruzzo et votre adieu au football.
« Ce serait magnifique, j'en serais fier. »
Des différences entre l'Italie de vos débuts, le 20 janvier 1985, et celle d'aujourd'hui ?
« Ce sont deux mondes aux antipodes, dans le football et dans la vie. Particulièrement en ce moment, avec la crise économique qui nous touche. Et puis la télévision. A l'époque dans le football ce n'était qu'un souffle, pas une tornade. »
Vous vous considérez comme berlusconien ou simplement comme un employé de Berlusconi ?
« Un employé au sens classique, étant donné le travail que je fais, je ne dirais pas vraiment. Berlusconien en revanche oui. Il m'a enseigné un tas de choses. Il m'a transmis la force de réaliser ses ambitions. Et je me considère comme ambitieux. »
Avez-vous décidé ce que vous ferez ensuite ?
« Entraîneur, jamais. J'ai une entreprise de vêtements, des investissements immobiliers. J'aimerais rester dans le football, on verra. »
Christian, 12 ans et Daniel, 7 ans, continueront-ils la dynastie des Maldini ?
« Et comment le saurais-je ? Christian joue avec les jeunes du Milan, latéral droit. Daniel pas encore. Des fois, je me demande comment j'étais à leur âge, mais je ne sais pas me répondre car j'ai des références techniques vagues. Alors je demande à mon père, qui m'invite à la prudence. »
Calciopoli ou non, pourquoi continue-t-on à parler des arbitres ?
« Car c'est plus fort que nous. Et que d'une manière générale on nous siffle trop. Une chose que je ne tolère pas de Christian c'est quand il tombe et reste au sol. « Debout ! » je lui hurle. »
Cela t'aurait-il plu d'avoir un entraîneur comme Mourinho ?
« On me dit qu'il a un grand rapport avec ses joueurs. Mais je tiens à mes entraîneurs, j'ai eu les meilleurs. »
Le match que vous voudriez rejouer ?
« Pas Milan-Liverpool de 2005. Nous avons joué comme des dieux pendant 120 minutes moins six. Le match que je voudrais refaire est Corée du Sud-Italie de 2002, celui du but en or de Ahn, mon dernier match en Nazionale. »
Dix-sept scudetti, l'Inter vous rejoint. Le titre sur le papier, commet l'écrivez-vous, avec ou sans astérisque ?
« Avec, ils ne l'ont pas du tout gagné sur le terrain. »
Le match le plus fort en émotions ?
« Le début à Udine. Battistini s'était blessé, Liedholm m'a demandé à la mi-temps dans les vestiaires. « C'est comme tu veux, à droite ou à gauche ? » J'ai répondu : où il voulait. C'est ainsi que je suis né à droite. »
Pourquoi est-ce que ce sont les petites équipes, du Genoa à Cagliari, qui proposent un football pétillant ?
« Elles ont moins de pression, elles n'ont pas les coupes, et par rapport à avant, elles ont plus de courage. Il y a dix, quinze ans, un Genoa de passage à San Siro aurait mis en place un catenaccio monstrueux, aujourd'hui elle joue.
Quelles est votre équipe idéale ?
« Barcelone. Balle à terre et construction. »
Le joueur le plus fort que tu aies affronté ?
« Diego Armando Maradona. »
On dit de nous qu'on fête les quarante ans de Maldini pendant qu'en Angleterre on lance un Macheda de dix-sept ans.
« Qu'ils disent d'abord que j'ai commencé à 16 ans et Macheda à 17, qu'ils disent d'abord que Manchester pille les pépinières du monde entier et que donc la comparaison ne tient pas. Et puis le football est un sport démocratique, l'âge ou la taille ne sont pas un critère. »
Si vous étiez Président du Conseil, que feriez-vous pour le sport italien ?
« Plus d'activité physique à l'école. Aujourd'hui je vois trop de gamins obèses. Le match, pour eux, c'est la playstation, une distraction assise. »
Avez-vous découvert le nouveau Maldini ?
« Je suis avec sympathie Davide Santon. Il a de la personnalité. »
Quel a été votre modèle, et pourquoi ?
« Antonio Cabrini. Son histoire me plaisait, la manière dont jouait sa Nazionale, celle de 1978. »
Du tremblement de terre de l'Abruzzo au Mondial de foot, pourquoi nous, Italiens, ne réussissons à exprimer le meilleur seulement dans la difficulté ?
« Parce que nous sommes un peu croyants et un peu crédules. Car nous sommes paresseux et prévenir demande des efforts. »
Ferguson est à Manchester United depuis 1986, Ancelotti est au Milan depuis « à peine » huit ans et cet été encore on va parler d'usure ou de divorce.
« L'anomalie est Ferguson, pas Ancelotti. C'est une autre culture chez les Anglais. Eux, contrairement à nous, acceptent la défaite. »
Au fait, Carlo reste ?
« Je lui demande chaque jour, il me renvoie toujours au suivant... »
Fabio Cannavaro en est à 124 présences en Nazionale. Encore deux pour vous rejoindre, jaloux ?
« Je en réponds ni oui ni non, mais entre les deux. Si je regarde en arrière, je trouve beaucoup de records, et beaucoup de succès. Et je ne les échangerait jamais avec ceux-là. »
Vous avez déclaré au magasine de la Gazzetta « quarante ans, c'est un âge qui m'impressionne ». Vous confirmez ?
« Je confirme. Et je confirme que le meilleur de moi, comme joueur et footballeur, je l'ai donné et je l'ai eu de trente à quarante ans.
De défenseur à défenseur, vous votez Thiago Silva ?
« Très fortement. Il est fort et réactif, il est « da Milan ».
Que manque-t-il à la Juventus pour redevenir la Juventus ?
« De la qualité en milieu de terrain. Mais ne parlons pas de reconstruction, quelques retouches suffisent. »
L'homosexualité reste un tabou dans le sport.
« Surtout dans le football, le plus conservateur de tous. Je crois n'avoir jamais eu de coéquipiers homosexuels, dans le sens que je n'en ai jamais entendu aucun le confesser. Pour moi, naturellement, ça ne ferait aucune différence. Discriminer en fonction de la peau, du sexe, de la religion, je trouve que c'est une chose infâme. »
Récitons les classiques : Paolo Maldini, 895 matchs avec le Milan, coupes incluses.
« Il y en a encore sept d'ici la fin du championnat. J'ai résolu mes problèmes aux adducteurs, j'aimerais arriver à 900. J'aurais voulu terminer à San Siro mais le dernier match nous sommes à Florence. Et donc je saluerai les tifosi le dimanche précédent, le 24 mai à domicile contre la Roma. »
La dernière fois que vous avez pleuré ?
« En regardant à la télévision les funérailles des victimes du tremblement de terre de l'Abruzzo. Ici et là, un ballon, un maillot dépassaient des cercueils. Je pensais à mes fils, j'étais ému et bouleversé. »